Cirer le portrait


   

Charles Hatan était plein de bonnes inventions.
Normal : il mentait comme un arracheur de gants.
Et sans se faire plier, tant ça semblait couler de bourse, entre la poire et le gros mage.

Au point qu’on ne savait plus sur quel pied penser, où donner de la fête.
Il racontait qu’il connaissait le passé du coq Allan qui valait son faisan d’or.
Mais il y avait loin de la soupe aux lèvres, c’eut été mettre la charrue avant les œufs, même à la sueur de son tronc. 

Ses propos mettaient souvent le bus à l’oreille, mais peu lui cherchaient toise.
On préférait éviter, se réfugier dans un trou de sourire.
On hésitait à jeter un pavé dans la jarre, comme si personne ne voulait prendre son courage à Denain et préférait tendre les armes pour ne pas rejoindre le septième fiel.

Il est vrai, comme cinq étoiles font huit, qu’avec son système de poutre aux yeux, il trompait bien son monde !

Alors qu’ Hatan n’était qu’un molosse au pieds d’argile qui ne cassait pas trois pattes à un panard. 
Il avait souvent mal au ventre, souffrant de ce qu’on appelle « colique de répétition ».
Il craignait par-dessus tout d’être pris pour un couillon de onze heures, ce qui l’amenait à se retirer sous sa pente, la nuit, à tâtons rompus.
Et il ne sortait plus que tous les trente-six du bois au risque qu’on le retrouve un jour à l’article de la morgue aussi figé que la spatule de la liberté.

On s’expliquait pourtant mal qu’il reste ainsi en hauteur de sainteté.
On mettait cela sur le compte de circonstances exténuantes.

Pas vraiment de quoi redorer son blouson.

Scénario

Après la dernière séance 
nous vous proposons le scénario suivant : 
Cette histoire se déroule un 4 juillet.
Elle fait intervenir un chien riquiqui, une tondeuse, 
un vieil Apache et une reine de beauté







-          Alors ?

-          Pas faciles les négociations.

-          Ah bon ?

-          Ils n’ont pratiquement rien lâché. Pas convaincus. C’est moins « avance sur recettes » que « recul sur pognon » ...

-          Et tout tombe à l’eau ou pas ?

-          Non. J’ai réussi à garder quelques miettes.

-          Raconte !

-          D’abord, Le côté remake ne leur a pas plu.

-          Mais quel remake ?

-          L’arrivée du train en Gare de la Ciotat transposée conquête de l’Ouest. Union Pacific, tu vois l’truc. Et fête de l’Union. Inauguration, un truc géant, mais allégorique aussi, quoi !

-          Pfff

-          Toi, t’es là, tu veux raconter une super histoire, ils n’y croient pas. J’ai senti qu’ils n’avaient pas confiance, qu’ils me sentaient absolument incapable et incompétent pour tout raconter en 50 secondes. Même format que l’original pourtant !

-          Ah, les bœufs ! Alors ça va donner quoi ?

-          Ce sera le 7 mai au lieu du 4 juillet. Moins cher, qu’ils disent, et j’ vois pas pourquoi.

-          Et puis ?

-          Comité d’accueil, Rintintin, trop cher et on n’a pas les droits, on prend Riquiqui alias Rikiki. Pas question non plus de grand express, pas de locomotive, un demi-wagon pourri et là j’ai dit non. Question d’honneur.

-          Oui, je te comprends.

-          Finalement, ce sera une tondeuse.

-          …

-          D’occase.

-          Et pour le reste ?

-          La reine de beauté au milieu des majorettes qui fait partie du Comité d’accueil pour inaugurer la ligne, pareil ça a été non, encore pareil, encore trop cher.

-          Du coup tu fais comment ?

-          Ils m’ont filé la Noiraude, une vache recalée du Salon de l’Agriculture.

-          Là, il y a de l’abus.

-          Qu’est-ce que tu veux que je te dise. Ils m’ont quand même dit ok pour le Vieil Apache qui vient manifester « symboliquement » pour la défense des territoires.

-          Ah au moins, t’as pas lâché !

-          Oh, presque, ce sera juste une pancarte avec une tête d’indien peinte, qu’agiteront deux ou trois « manifestants ». Je ne sais pas trop où les placer dans la scène. Parce que…

-          Oui ?

-          J’ retrouve pas bien mon scénario original, si tu veux... Avec le bruit d’un train en fond sonore, je montre - juste à côté d’un pré avec la Noiraude qui broute tranquille - une tondeuse pilotée par un vieux jardinier aux ancêtres indiens, poursuivi par Rikiki. Les spectateurs, ça pourrait bien leur passer au-dessus … non ?


Laboratoire Mixage IV

Voilà de quoi terminer cette petite session d'essais en laboratoire et autres tests en soufflerie !



  






Rideau ?


J’y repense
Dernière séance
Triste échéance
Béance
Dans l’enfance
Si j’avais une doléance
J’aurais bien accepté une créance
Sans la moindre préséance
Ça m’aurait changé en toute bienséance
De mornes suppléances
Que je ne nommerai pas déchéance

Et je …

… me souviens j’avais dix ans
Le Vox cinéma de quartier
Dix minutes à pied
J’entamais le collège
J’allais au ciné-club
Une carte qu’on poinçonnait
Dix films dans l’année
Je me recale dans les fauteuils
Je revois les distributeurs de bonbons
Je me souviens d’une panne
Une bobine ça ne tourne pas toujours rond
Et les films c’étaient des classiques
Et c’était magique
Jody et le faon juste le titre
Je sais plus l’histoire
Fantôme à vendre de René Clair
Que je revois un peu
Et puis le plus frappant
Inoubliable et inoublié
Les disparus de Saint-Agil
Michel Simon
Les Chiche Capon…

J’ai su bien des années après
Que le Vox avait été racheté
Puis avait fermé
J’y repense
Dernière séance
Béance
Dans l’enfance

Laboratoire Mixage III

J'ai plaisir à publier une superbe contribution de la Taulière
( ... à qui j'envoie toutes mes amitiés acolytico-pyramidales et remerciements égyptiens)
et je joins (tout en bas)  mes dernières élucubrations du même type.







Si on se met à échanger entre "mixeurs", quelques précisions :

On peut sélectionner une page (et là c'est au hasard) et chercher l'autre page (moins au hasard) successivement d'un bouquin à l'autre... j'ai commencé comme ça. 
 Maintenant je sélectionne d'abord plusieurs pages à l'avance, j'en tire les trois phrases et je ne fais les appariements qu'après coup en recherchant les associations les plus "porteuses" selon l'intention recherchée. Il faut en fait pas mal de matériau, et il y a pas mal de chutes !


Cela me permet un "lissage" pour que "ça colle" un peu, dans le but d'éviter des associations de phrases trop éloignées, voire incongrues. L'idée générale est cependant de conserver et favoriser un décalage pour aller vers l'imprévu, l'étrange, le bizarre, voire l'absurde, sans exclure d'autres registres ( loufoquerie, absurde seront testés !!!).

Donc, à suivre !








Flash info

    Mise à jour  après une pause de trois mois, un nouveau blog  TEXTURES a démarré le 18 mai 2022. Ici.