C’est en 1980 à Montpellier, vraisemblablement à l’automne.
Concert.
Qui enfonce le clou, qui scelle, qui indélébilise.
Julos Beaucarne, déjà apprécié, jamais vu.
Pull incroyable à l’encolure arc-en-ciel.
Quelle expérience !
Ce n'est certes pas le volet musical, les compositions qui sont le point fort mais bien son univers, et les formes où il s'engage : du parlé, du chanté, des mélopées douces et
subtiles, quelques clins d’œil humoristiques du meilleur aloi, bref… la joie.
Et quelle simplicité. Douce.
Julos c’est aussi des albums phares que j’ai adorés
qui se sont incrustés en moi :
Front de Libération des Arbres Fruitiers,
Chandeleur Septante Cinq, Mon terroir c’est les galaxies, Le chanteur du
silence, le Vélo volant, Les communiqués colombophiles.
J’ai un peu lâché ensuite, mais n’ai rien oublié.
Tout ce qu'il nous dit est si juste. Julos, c’est l’amitié et la tendresse, jamais
facile,jamais dans la mièvrerie ou la sensiblerie, ces peaux de banane douceâtres qui finissent par écœurer.
Non, avec lui, le poète, l’humaniste, L’émotion est bien là, palpable.
C’est vrai et profond, et – pour moi- inoubliable.
SI vous voulez aller plus loin, lisez par exemple
ici, ce qui est dit avec beaucoup de justesse :
Une mine. Un trésor. A partager.
Je n'aurai
pas le temps de lire tous les poèmes du monde
Et
j'ignorerai peut-être longtemps les vers du poète Papou Tumu Tumac
La voix du
poète analphabète, l'oral Siméon de Carinthie
Et la voix
du poète aveugle d'Afghanistan Oumahum El Kabash
J'ignorerai
sans doute jusqu'à ton nom, poète du désert murmurant tout seul, dans ta tente
berbère, quelque credo intérieur en pensant à la femme que tu aimes
Je ne
connaîtrai sans doute jamais la poétesse nègre d'Haïti
qui chante
à son nouveau-né la joie de l'enfanter
Je ne
connaîtrai pas Dulciane,
poétesse
du fond d'Éthiopie,
mirant son
visage de princesse Tutsi dans le miroir de quelque lac de haute montagne
Et la
prêtresse noire des hauteurs du Rwanda,
égrenant
devant le feu la vieille saga
et la chanson que chantaient ceux qui n'avaient
jamais été à Bujumbura
Ni la voix
de cette femme
enterrée
vivante au Burundi
Tant de
voix perdues,
comme ta
voix enveloppée dans la fixité de la mort
Je n'aurai
pas le temps de lire tous les poèmes du monde
NB:
Et à propos, si vous ne l'aviez pas remarqué, le nom de cette série de billets est emprunté à Julos, une compilation des 20 premières années de sa carrière !