Point de suspension ? Si !

C'est l'été depuis quelque temps...
Pas seulement sur le calendrier si l'on considère les températures.

C'est donc la fin de la saison 2017-18 ici, marquée par 133 billets parus entre le 31 août dernier et ce jour.
 
Vient maintenant le moment de la trêve de saison sur ce blog.

Je vous laisse.
Peut-être, mais rien de sûr, pourrez-vous me lire du côté des Impromptus...

Je vous souhaite de passer au mieux juillet et août.
A bientôt peut-être.





YOUR TALL SHIP

Far, so far away...
surely you remember
log book pages frayed
that fanned the flames of long ago,
guttered in the grate,
shadows in the embers....
look away, look for home.
        
Voices on the air,
running with the current;
wind and tide set fair,
ship to shore the message goes,
all in love is fair -
across the raging torrent,
sail away, sail for home;
look away, look for home.
        
Land-locked lovers, landlub friends, in procession:
all rites of passage have an end.
Look away, sail away,
sail your tall ship home.
        
We are ocean-borne,
 far from any harbour,
from our moorings torn,
ghosts that fly for all we know....
turn to face the storm
that's building off to starboard,
sail away, sail for home,
look away, look for home.
        
Look away in the Roaring Forties.
        
Land-locked lovers, littoral friends,
the succession never ends....
the spirit's willing to carry on;
all rites of passage make us strong.
        
Sail away,
sail away,
sail your tall ship home.




Festina lente !

Le coup de chaleur qui s'est abattu sur nous 
est certainement difficile à vivre pour les gastéropodes.
Cependant, le titre d'un album de littérature de jeunesse 
de Claude Boujon déclare que "Les escargots n'ont pas d'histoires".
Laissez-vous inspirer par cette affirmation 
en nous racontant, a contrario, 
une ou des histoires d'escargot .


Voici quelques étapes de l’histoire de ma vie, une biographie rêveuse.

J’ai suivi un chemin qui a été patiemment reconstitué grâce aux traces baveuses séchées laissées ça et là mes empreintes vicinales.

En 1899, je n'étais toujours pas né. L’art de l’escamotage, déjà.
En 1900 je pense me souvenir que non plus, c'est-à-dire toujours pas.
C'est en 1910 que j'ai fêté, je ne sais plus exactement où, ni dans quelles circonstances, mes moins 103 ans. J’en ai profité pour faire ma première escapade.

Peu après, vers 9 ans plus tard, je félicitai personnellement Georges Clémenceau pour le Traité de Versailles. J’en profite d'ailleurs pour lui rappeler qu'il ne m'a toujours pas rendu le stylo que j’avais tiré de mon escarcelle juste avant la signature (Georges, si tu me lis ...).
C'est à partir de 1933 oui, que j'ai réussi à juguler la crise économique de 1929 aux Etats-Unis à l'aide d'un tournevis cruciforme n°8 et dun escabeau.

J'étais « désâgé » à ce moment-là de moins 80 ans, ce qui prouve une nouvelle fois que la valeur n'attend point le nombre des années. Mon enthousiasme par ailleurs était décuplé car j’allais bientôt pouvoir lire Tintin. J’en bavais d’avance. Mais, pour patienter, j’acceptai et tins quelques mois le rôle d’Escartefigue dans la pièce de Marcel Pagnol. A force d'expérience, je finis par rajeunir, il faut dire que je me rapprochais de ma naissance et c'est ainsi qu'en 1939, je repoussais vigoureusement les Allemands à Poitiers.

Un fait mal connu, et pourtant ce fut bien plus qu’une escarmouche. Fallait pas me prendre pour une escarbille non plus.
N'épiloguons pas sur le fait qu'en 1949, le train Paris-Bordeaux a battu le record d’Europe de vitesse moyenne avec 131 km/h., ce qui n’est même pas un train de sénateur, et donc n’a rien à voir. D'autant que je n'avais pas encore mon permis de locomotive, allons-y doucement et gare à l’escalade !
Peu après j’entrai dans un hiver de plusieurs années.
Comment ? Je ne me le suis jamais expliqué. Mais pensais-je seulement à cette époque ? Je ne sais plus.
Passablement lent, je ne fis mon premier pas qu'en 1969, sur la Lune. En marche arrière. Si je dois avouer que j’ai eu du mal avec l’escalier du module lunaire, je certifie que ma coquille a tenu le choc.
Mais ne brûlons point les étapes.
En 1968, vers mai-juin, à l’âge incroyablement précoce de moins 55 ans, je replaçais, éternel recommencement entre deux émeutes, tous les pavés dans les rues où ça chauffait, du coup il n'en a pas manqué. Ils ont pu voler bas, en escadrille.
A ce rythme, j'étais hyper entraîné pour le marathon des Jeux Olympiques de Mexico, toujours en 68, que j'empochais haut la main, c'est un hold-up .
Faut dire que j’avais retiré mes escarpins.

Vers 1972, j'ai réussi à permuter pendant un quart d'heure la Tour Eiffel et la Tour Montparnasse sans que quiconque s'en aperçoive. Le jour je montais 3m et la nuit j’en redescendais 2 et, déguisé, j’avais peint ma coquille couleur limace. En remettant la Tour Eiffel à sa place, je l'ai remplacée par une réplique parfaite en allumettes. Je suis sûr que vous ne le saviez pas.
J’aime les blagues. C’est pas vrai.

En 1979 et même 1980, je fis une pause, histoire de m'économiser un peu.
Ce n’est qu’en 1989, parfaitement dispos, que je démontai entièrement le mur de Berlin et écoulai les briques la nuit en brouette furtive. Crevé, j’étais rouge comme une escarboucle.

En 1995 je récupère – la même brouette- et mets en compote toutes les pommes gaspillées par Chirac pour la présidentielle (...il en reste, d'ailleurs). J’invente dans la foulée la cargolade, avec tous mes frères ennemis récupérés sous la caisse. 

Je surveille et empêche le bogue de l'an 2000, j’avais un peu de temps, et en 2002, je m'occupe personnellement d'échanger les francs en euros.
Cela par contre me prend un peu de temps, car j’ai deux tortues comme assistantes.

Vous l’avez compris, je suis loin, très loin, de la coquille vide mais j’ai fini par en faire moins, pour me concentrer, car je savais que le début approchait. Il faut savoir ne pas dépasser les cornes. 

Toujours est-il que j’ai bien fini par me rattraper, et je suis venu officiellement au monde en 2013.
Dans le jardin, entre deux baves, je suis devenu un passionné d’escarpolette.
Je me cache dans les tubes. Je glisse sur les cordes.
En un mot je brûle la planche.
La belle vie, et une vie antérieure riche, je ne vous dis que ça, puisque vous venez de la lire !
Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai décidé de faire escargot.

Finalement, je n’ai jamais appris à freiner. Pas besoin.
J’avais le temps, je l’ai pris.
Parce que ça m’a pris du temps.
On ne devient que lentement escargot.


Oscar Gault
« La coquille » ou  
 « Cest par où quon rentre ? » 
Editions Spirales, 2018.

NOTE :
1.       Toute ressemblance avec des personnes ou des faits existants ou ayant existé est purement volontaire que je l'ai fait un peu exprès.
2.       Merci à mon pote l’éléphant dont la mémoire a été précieuse au vieil escargot que je suis, parce que l’expression mémoire d’escargot reste sujette à controverse.

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    Mise à jour  après une pause de trois mois, un nouveau blog  TEXTURES a démarré le 18 mai 2022. Ici.