jeudi 25 avril 2019

La poursuite du printemps




Le recueil dont fait partie le texte qui suit, rassemble des voix féminines qui s’inscrivent face à la mémoire de Gaston Miron, puisant à son écriture et la prolongeant, voire la bousculant ainsi que l’écrit l’éditeur :
En 1970, le poète Gaston Miron publie L’homme rapaillé, dont le poème liminaire – fondateur – marque l’arrivée, la naissance, l’aube : « je ne suis pas revenu pour revenir / je suis arrivé à ce qui commence ». Près de cinquante ans plus tard, quarante et une femmes poètes, Québécoises dici et dailleurs, de générations et de sensibilités différentes, prennent la parole, pour que le commencement continue d’advenir.
Engagées dans l’avenir, des femmes poètes deviennent ce chant ininterrompu. Elles révèlent par leurs voix autant de chemins d’arriver à ce qui commence, de naître à soi, à l’autre et au monde. Elles écrivent non pas à la suite de Miron, mais avec et contre lui.



D’espérance en commencements
Le voyage dure encore,
qui me mène au commencement de moi-même,
et la traversée ne connaît aucun port.

De vastes ailes, des barques d’absence,
un château blessé. Le vent tourmente
les forêts sans mémoire, perce les épaves,
les ruines déjà rouillées par trop d’hivers.

Je rentre par des chemins dispersés
aux quatre coins de la nuit, par des paroles
accroupies dans la langue de mon père,
des cris, des balbutiements, des mots
en friche qui ne racontent aucune histoire
et croquent le fruit
et attendent le printemps.

J’ai longtemps cherché le seuil
de ma propre maison, les pierres lourdes
du passé encombraient le passage.
Aujourd’hui j’avance vers ce que je deviens,
je me fonde, m’érige,
m’échafaude à l’est de mon arbre
pour que tout commence
avec ce qu’on appelle vivre.

J’ai compris tant de choses
de mes bonheurs et de mes déchirures.
Le temps brûle entre mes mains
comme des feuilles jaunies, l’empreinte
de chaque solitude
que l’on regarde les yeux fermés.

Et si, derrière nos pas, le monde
se remet à battre, que reviennent,
comme les grandes marées,
les terres jamais entrevues,
et si je porte encore une trace,
c’est d’espérance en un commencement
qui nous recommencera.


Hélène DORION

In Femmes rapaillées
sous la direction d’Isabelle Duval et de Ouanessa Younsi,
© Mémoire d’encrier, 2016

Voir aussi sur le site éditions Bruno Doucey

dimanche 21 avril 2019

35 variations - épisode VI


35 variations sur un thème de QUENEAU   


00 Texte-souche



01 Réorganisation alphabétique

A A A A B C D D D D D E E E E E E G I I K K L M N N N O O P R S T U U X

02 Anagramme

M. Kant s’exerce de Bagdad à du kendo oulipien.

03 Anagramme (autre)

Beatnik dédaigneux, Rémond Keno décapsula.

04 Lipogramme en A

Doukipudonksifort, se dit Typebriel excédé.

05 Lipogramme en I

Douksapudonktan, se demanda Gaby excédé.

06 Lipogramme en E

Doukipudonktan, s'auto-sollicita Gaby fort las.  

07 Translation (+7)

Doukipurgedonktan, se démarra Gabriel exclamatif.
 
08  Palindrome (strict)
XX

09 Bourdon 

Doukipudontan, se demanda Gabriel excédé.

10 Double bourdon 

Doukipudotan, se demanda Gabriel excédé.

11 Épenthèse

Doukirpudonktan, se demanda Gabriel excédé.

12 Négation

Doukipudonkpeu, ne se demanda pas Gabriel guère excédé.

13 Insistance 
Doumédou, médoumédou Doukipu, médoukipu, douki, Doukipudonktan, pensa, chercha, se questionna, se demanda Gabriel agacé, irrité, en un mot excédé.
   
14 Ablation

Doukipudonk, se demanda Gabriel excédé.

15 Ablation (autre)

Doukipudonktan, se demanda Gabriel.

16 Double ablation

Doukipudonk, se demanda Gabriel.

16 bis Triple ablation

Doukipu, se demanda Gabriel.

17 Contresens

De plus en plus conquis, Gabriel respira sa fragrance.  

18 Autre point de vue

Ilapatrouvélsavon ?  



19 Variations minimales

Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé.
Doukipudonkkan, se demanda Gabriel excédé.
Doukipudonktan, se débanda Gabriel excédé.
Doukipudonktan, te demanda Gabriel excédé.
Doukipudonktan, me demanda Gabriel excédé.


20 Antonymie

Doucékilembomecipeu lui répondit Gabriel ravi.

21 Amplification

Comment peut-il exister une telle puanteur nauséabonde fétide et d’où peut provenir cette immonde infection pestilentielle pensait, repensait, se repeignait en noir, tournait et retournait en boucle Gabriel, plus qu’irrité, en proie pieds et poings liés à l’horripilation, piqué comme un barjo ne tenant plus ses nerfs, en véritable sosie de Nicholson avec sa hache.
  
22 Diminution

Ouélélaptitodeur osa Gabriel titillé.  

23 Permutation

Excédé, Gabriel se demanda Doukipudonktan.

24 Contamination croisée

-C'était un mec, il s'appelait Karamanlis, ou quelque chose comme ça : Karawo ? Karawasch ? se demanda Gabriel excédé.
-Doukipudonktan, Karacouvé ? Enfin bref, Karatruc.

25 Isomorphisme

Kasstoipovcon, répondit le nain, énervé.
Tartagueulalarécré lui promit Adolf frustré.

26 Synonymie
Dkelendroityschlingue, s’interrogea Gabriel exaspéré.

27 Fine déduction

Gabriel avait l’odorat développé.

28 Contamination (autre)

Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé, en se réveillant un matin après des rêves agités.

29 Isoconsonnantisme

Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé.
Des coupes, des cocktails, c’est demain dégâts, bris, l’accident  
                
30 Isovocalisme

Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé.
Oublies-tu ton gant, euh ce gant-là, à qui est-ce, bébé ?  

31 Isophonisme

Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé.
D’où ? Qui ? Pu Donc, tance deux mandats, gars ! Brie, elle, Aix s’aider ?

32 Boule de neige clinamenoïde (strict)

D
Ou
Kip
Udon
Ktan s
e deman
da Gabri
el excédé


32 bis  Boule de neige clinamenoïde 

xxx

33 Hétérosyntaxisme

L’exaspération de Gabriel lefiskestioné sur l’origine de la puanteur de cet individu.

34 Alexandrin(s)

Doukipudonktan, oh non, Doukipudonktan
Oh non se demanda Gabriel excédé.

35 Interrogation
Est-ce « Doukipudonktan » que se demanda Gabriel excédé ?