Citations

Il est bien connu, d'ailleurs, que l'un des moyens de parvenir à la connaissance de soi est de construire un labyrinthe qui vous ressemble.
André Pieyre de Mandiargues. 

De quelques agacements et autres choses passagères...


Ce samedi matin, quelques obligations m’ont conduit à la poste.
La veille, j’avais relevé au courrier un avis de passage, un peu chiffonné, où je découvris ou plutôt ne découvris pas de nom puisque la case du formulaire était vide, l’adresse était toutefois correcte et il y avait un numéro de colis. 
Bon bon bon.   
A priori comme personne à la maison n’attendait rien de particulier, je fis une recherche en ligne qui…  n’aboutit pas, le numéro de colis étant inconnu, ce qui m’amena à cette décision et cette perspective qui, allez savoir pourquoi, ne m’enchantent jamais vraiment : demain je passerai à la poste. 

Demain nous y voilà. N’exagérons point, j’y vais en marche avant quand même !

Je passe le seuil du bureau de poste et rebrousse chemin : le lieu est très populaire et donc fréquenté, je me rappelle qu'il semble que l’accès en soit gratuit, c’est peut-être pour ça ... et je tente illico une fine manœuvre dilatoire qui me permet de faire une petite course vite fait à la supérette juste à côté avec l’espoir, le fol espoir - oui c’est vrai (air coupable) – que ça aura un peu déblayé à la poste.
Lorsque j’entre à nouveau, je comprends que j’ai sans doute fait ma petite course trop vite.
Mais cette fois-ci je reste.
Comme j’ai un peu de temps pour observer, je remarque qu’il y a trois personnes aux guichets et je commence à verser dans un optimisme sinon béat du moins raisonnable.
Paradoxalement je constate que mécaniquement, plus il y a de monde derrière les guichets plus la queue s’allonge… Surgit alors, pure hypothèse de ma part, que c’est peut-être une simple question d’organisation, mais je ne veux pas être intrusif.  
Je passe ainsi dix minutes studieuses pendant lesquelles je vérifie que pour la suite de mon périple (boulangerie puis médiathèque) j’ai bien tout ce qu’il me faut. Je le fais deux fois et une fois que j’en suis absolument persuadé, comme il me reste un peu de temps je lis toutes les publicités sur les différents colis et emballages proposés.  
Quand j''arrive au guichet, nous sommes toujours samedi matin.  

Bonjour madame, j’ai un avis de passage mais est-il vraiment pour moi, je ne sais pas, il n’y a pas de nom. Mais c’est bien mon adresse et, tenez, voici mon passeport.

La dame disparaît (ah l’étrange sensation qui peut nous étreindre quand on se dit pourvu qu’elle  revienne…) et elle cherche le colis dans la réserve, je ne sais trop quel indice ou quelle clé elle utilise pour mener cette tâche, toujours est-il qu’elle revient et déclare n’avoir rien trouvé.
Elle me dit qu’elle va passer par le numéro de colis, une petite recherche informatique et hop, miracle, délit d’initié ou compétence professionnelle – alors que la veille rien à faire pour moi-  elle trouve ! 
Et comme tout s’enchaîne, pour la première fois depuis que j’ai mis les pieds dans le bureau de poste, je me dis que j’ai bien fait de venir.
Elle retourne dans la réserve et revient peu après avec le colis dont elle commence à autopsier l’étiquette. C’est au nom de ma fille. L’enquête progresse. 

-        Vous avez une procuration ?
C’est à ce moment-là que je commence à sortir rames et avirons, délicatement, pour ne pas éborgner la foule qui s’entasse dans la queue.
-          Non, pas sous forme papier.  Mais il y a quelque temps nous avions renseigné des formulaires en ligne, peut-être que…
-          Oui, on va regarder ça mais on va attendre ma collègue pasqueu je sais pas le faire.

Plein de trucs s’allongèrent à ce moment-là de cinq minutes, je vous en épargne la liste.
Cinq minutes plus tard, donc, la collègue est disponible, elle en a terminé avec un moment délicat car elle ne comprenait pas que l’usager qui s’adressait à elle, en fait selon la terminologie DRH le client et selon la mienne mon camarade de lutte, voulait réexpédier du courrier et donc il souhaitait une simple enveloppe format A4 pour exécuter cette tâche singulière particulièrement inconnue semble-t-il des services chargés du courrier dans ce pays.

En toute solidarité, je lui glisse en passant, vu que j’ai un peu de temps :
-        -  C’est pas facile hein ?
Allez savoir pourquoi, il acquiesce.  
Il finit par venir à bout de son épreuve, s’acquitte de quatre euros avant de continuer, sûrement pour l’épreuve suivante dans la salle du père Fouras.

Et hop l’horizon semble s’éclaircir pour moi, la collègue de sa collègue a vérifié, il y a bien une procuration mais c’est de ma fille uniquement vers ma femme et donc ce n’est pas votre nom monsieur.
J’essaie de lui expliquer que si, c’est mon nom, parce qu’étrangement on s’appelle tous pareil dans ma famille et que finalement tout concorde : les noms, les adresses, je lui fais cadeau de l’ADN car ça prendrait du temps, etc… et DONC elle pourrait me le donner.
Bref, c’est là qu’elle me dit il faudra revenir avec la procuration signée.
C’est là que je me sens soudain comme un chêne qu’on abat.
Et elle donne une précision, un détail piquant au passage : on garde les colis quinze jours ce à quoi -in petto- je me dis ça ne m’étonne pas, vu qu’en trente minutes j’ai pas réussi à récupérer le mien il doit bien falloir deux semaines pour tout écouler et que tout disparaisse …

C’est là que je me dis n’insistons pas, je sens que je fatigue, qu’elle me fatigue, que tout me fatigue.
Il faut dire que derrière et sur les files parallèles, la foule continue de s’entasser ça déborde jusqu’au sas d’entrée…  Je décide donc de battre en retraite, et de mettre fin à cette demi-heure de ma vie qui à la réflexion pourrait bien faire partie des trois moments les plus épanouissants et exaltants de mon passage sur cette terre.

Je préviens ma fille, elle se mettra à jour OK et elle a remarqué un peu d’agacement (même par écrit) dans mon SMS surtout dans la conclusion où j’écris « je sens que je vais leur mettre une bombe ».
Passons. Quelle chance ils ont qu’on ne soit pas armés quand même.

Je file ensuite à la boulangerie, où je retrouve -ravi- la charmante personne qui nous sert et puis basta direction médiathèque.
Je vaque. Je flâne légèrement. 

Je m’installe dans la file pour faire enregistrer mes emprunts.
La queue étant un peu informe un monsieur me demande s’il n’est pas en train de me passer devant (ce qui n‘est pas le cas) et donc de rallonger indûment mon attente.

C’est là qu’en grand seigneur je lui dis :
-     -    Pas du tout, et ne vous en faites pas, j’ai l’habitude aujourd’hui, je viens de la poste.

DUO DE CES PYRAMIDES 1bis

Voici les réponses à la troisième question.  
Celle-ci était au choix de chacun à l'adresse de son complice. 
Pour la suite, rendez-vous en octobre... ?
Nous on y sera !


K se permet de demander à La Taulière :

3. Pensez-vous, au plus profond de vous-même, au fil des diverses expériences de votre vie, dans les situations que vous avez vécues que ce soit par hasard ou délibérément, ainsi que dans les rencontres intéressantes, inintéressantes, occasionnelles ou régulières, ou encore dans les occasions manquées, les erreurs de parcours, les accords ou les refus, mais sans pour autant réinterroger dans une quête existentielle qui serait trop longue à exposer ici  votre parcours personnel, et qui ne nous regarde pas , qu’une question ne doit pas être plus longue que la réponse ?

(Après un long silence) : Oui. Evidemment. Quoique… Enfin, bon. Oui. Si, si je vous assure.

…Non, non, n’insistez pas.


Et La Taulière pousse alors K dans ses retranchements :



Tout dépend de ce que veut dire là, et où il se situe.
Si là, c’est ici, alors là … On n’est pas rendus, surtout que ça vient de loin, et peut-être même avant.
Si par-là, il s’agit d’évoquer cette forte appétence à l’écrit, l’écriture, et selon certaines formes fétiches, alors que pourrais-je bien révéler, sans sombrer dans le pipole ?
Je vais donner quelques détails. Jouons un jeu qui me rafraîchira les neurones.

Le goût des mots par la lecture d’abord me vint très tôt, les peintures de Lascaux étaient à peine sèches que je déchiffrais les lettres sur le frigo à la maison, un Frigidaire à l’époque.

En sixième il y eut un déclic du côté écriture. Je me souviens d’un devoir marquant (pour moi) que j’avais – pour la première fois- eu plaisir à rédiger.
Il y avait une contrainte, cela me revient à l’instant même où j’écris… comme quoi ! Il y avait aussi les jambes de la prof, je peux le dire, il y a prescription.

Après cela, classique, une souterraine maturation, quelques tentatives avec les copains de collège. Du parlé, ébauché mais pas fini et jamais abouti.Rien non plus en lycée, la passion des mots et des textes à lire toujours, et ça emmagasine encore. 
Un pas en avant, genre escalade avec les années de formation professionnelle, avec du temps « à tuer », avec le mobile et l’opportunité, où j’ai commis -seul ou avec deux complices en particulier- quelques forfaits textuels où le pastiche moqueur est allé bon train adossé à un humour noir parfois mal perçu, Monsieur le président. Un saccage assumé, un dynamitage systématique que je ne reproduirai pas ou peu aujourd’hui, c’était un stade dans mon évolution darwipienne disons.

De ces années, style potache, il reste le goût du loufoque, du dadaïsto-surréaliste qui émerge çà et là. Ce fut sa première concrétisation visible et lisible.

J’étais lancé et la suite continua.
En solo et dans des contextes différents avec une prédilection pour l’exploration des formes, des types, en soi pré-oulipienne et pré-péréquienne car il n’y avait pas de contrainte réellement.
Ce fut une première phase où je me suis amusé à divers exercices de style, une idée qui fructifia sous la forme paléolithique d’un petit magazine avec rubriques qui paraissait sans fréquence fixe et que j’envoyais à mes potes, tapé à la machine (!).
Succès éditorial, il y eut quatre numéros dont le dernier fut une compilation, j’étais déjà dans la fumisterie et la mise en abyme !
Je passai à autre chose, le gré des rencontres, avec un projet collectif où je pus apporter aussi -en duo- une touche personnelle.
Dans mon club de tennis de table, l’idée d’un bulletin et même d’un journal émergea et j’en fus « tout naturellement » le responsable -je n’ose dire rédacteur en chef – avec une formule qui tâtonna, passant en chemin du papier à l’informatique. Ce registre collectif où je rédigeais et rassemblais aussi les contributions m’a beaucoup appris.
Arrêt au bout de 5/6 ans, 5 saisons pleines, 68 numéros. Un truc de fou(s). Une aventure humaine.
Mais surtout, au long cours et à distance, avec un pote que je connais depuis plus de 40 ans (oui…), une saga : l’histoire de France à la sauce tennis de table, par épisodes, format BD dessins du copain et texte par votre serviteur.
(Au fait, chef, on l’a presque finie, c’est promis :la semaine prochaine on livre !
Je peux préciser que de loin en loin nous avons au fil de ce presque demi-siècle échangé et bien rigolé en commettant d’autres exactions textuelles imagées, dont certaines encore au printemps dernier !) 

Nouveau changement (…) et je revins à mon petit magazine, seul et parfois avec quelques dessins du pote quand il pouvait.
Je gardai la cadence et le fis paraître, toujours en l’adressant à mes potes, que j’appelais affectueusement mes abonnés ou mon lecteur (mais je n’ai pas frère…).
Ce petit magazine sérieusement inconséquent dura encore 5/6 ans, le rythme échevelé ralentit progressivement sur la fin. Le sentiment d’avoir épuisé au moins une formule…si ce n'est moi-même au passage.
Après ? vous vous rapprochez chers amis lecteurs en ligne, amateurs de blogs !
Un atelier d’écriture pendant deux ans, fort apprécié me permit de confirmer outre le goût de l’écriture plusieurs choses.
Que je n’étais pas spécialement à mon affaire sur du long cours textuel, mais plutôt du bref, et bien sûr du contraint, de l’oulipien.Que je déteste quand on se regarde écrire.
Et que finalement j’étais plutôt endurant et régulier, ce qui ne m’avait jamais effleuré jusque-là.
Dans ces années, je fréquentai en ligne (ça se rapproche) un site appelé SABIRS qui ferma assez vite et je me mis en pause.Circa 2005 j’étais mûr pour le monde cruel des blogs. Je ne me souviens absolument pas comment je suis tombé dedans.
Un premier blog avec mille billets – c’est devenu un gimmick – de décembre 2005 à décembre 2010. Un deuxième dura moins de 6 mois car il fut victime, je n’ai toujours pas compris comment et pourquoi, d’un crash. Disparition totale.
Ensuite, « Interférences » -connu de vos services je pense - de septembre 2011 à avril 2017, arrêt à mille là aussi, par pur clin d’œil.
Depuis, « Diffractions » a pris le relais, j’y poursuis mon cheminement, tenter et oser des choses, en réussir et en rater, toujours avec régularité.
Voilà donc comment, sans dieu ni diable, j’en suis arrivé là.
C’est arrivé et c’est là.
Là ? Un côté très ordinaire, régulier, j’écris comme je bricole, je cours ou fais du vélo ou -si je pratiquais- j’irais à la pêche. Rien qu’une pratique personnelle à ma main, qui n’a rien d’occasionnelle ou d’exceptionnelle à tous les sens du terme. 



 

Flash info

    Mise à jour  après une pause de trois mois, un nouveau blog  TEXTURES a démarré le 18 mai 2022. Ici.