Illimité

L’espèce humaine m’a donné
le droit d’être mortel
le devoir d’être civilisé
la conscience humaine
deux yeux qui d’ailleurs ne fonctionnent pas très bien
le nez au milieu du visage
deux pieds deux mains
le langage
l’espèce humaine m’a donné
mon père ma mère
peut-être des frères on ne sait
des cousins à pelletées
et des arrière-grands-pères
l’espèce humaine m’a donné
ses trois facultés
le sentiment l’intelligence et la volonté
(…)

RAYMOND QUENEAU ( L’espèce Humaine )

Battre la campagne (Gallimard, 1968)

 

Commentaires

  1. La seule limite étant la mort, il est essentiel "d'ouvrir nos chakras" comme disent les yogis, de ne négliger aucune possibilité. Il le savait, Queneau.
    Je m'en vais humer la lumière d'automne.
    Merci K.

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  2. Sans limites ? Merci pour ce rappel à l'espèce, K.

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  3. Le sentiment, l'intelligence, la volonté? Parfois, parfois... je doute de l'espèce humaine. Bises alpines.

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  4. Sacré Queneau ! L'espèce humaine lui avait donné encore bien davantage : du génie, de la poésie, de la drôlerie...
    Taulière oulipophile

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  5. Incroyable espèce humaine ; droit et devoir au coeur de nous-mêmes, je ne m'en souvenais même plus, pourtant on m'a fait la leçon ;)

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  6. Ah... "Le devoir d'être civilisé"... des mots qui résonnent étrangement ces temps-ci, entre les individualistes, les je-m'en-foutistes, les complotistes, conspirationnistes, les communautaristes, racialistes, indigénistes, les islamistes, les islamo-gauchistes, les obscurantistes, tous ces mots sinistres en istes qui essaient de nous faire oublier les deux essentiels, les deux seuls qui devraient nous guider, nous éclairer, nous élever dans notre condition humaine : humaniste, universaliste.
    Merci pour ces vers qui respirent un vent de liberté ♥

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