samedi 16 septembre 2017

DUO DE CES PYRAMIDES 1bis

Voici les réponses à la troisième question.  
Celle-ci était au choix de chacun à l'adresse de son complice. 
Pour la suite, rendez-vous en octobre... ?
Nous on y sera !


K se permet de demander à La Taulière :

3. Pensez-vous, au plus profond de vous-même, au fil des diverses expériences de votre vie, dans les situations que vous avez vécues que ce soit par hasard ou délibérément, ainsi que dans les rencontres intéressantes, inintéressantes, occasionnelles ou régulières, ou encore dans les occasions manquées, les erreurs de parcours, les accords ou les refus, mais sans pour autant réinterroger dans une quête existentielle qui serait trop longue à exposer ici  votre parcours personnel, et qui ne nous regarde pas , qu’une question ne doit pas être plus longue que la réponse ?

(Après un long silence) : Oui. Evidemment. Quoique… Enfin, bon. Oui. Si, si je vous assure.

…Non, non, n’insistez pas.


Et La Taulière pousse alors K dans ses retranchements :



Tout dépend de ce que veut dire là, et où il se situe.
Si là, c’est ici, alors là … On n’est pas rendus, surtout que ça vient de loin, et peut-être même avant.
Si par-là, il s’agit d’évoquer cette forte appétence à l’écrit, l’écriture, et selon certaines formes fétiches, alors que pourrais-je bien révéler, sans sombrer dans le pipole ?
Je vais donner quelques détails. Jouons un jeu qui me rafraîchira les neurones.

Le goût des mots par la lecture d’abord me vint très tôt, les peintures de Lascaux étaient à peine sèches que je déchiffrais les lettres sur le frigo à la maison, un Frigidaire à l’époque.

En sixième il y eut un déclic du côté écriture. Je me souviens d’un devoir marquant (pour moi) que j’avais – pour la première fois- eu plaisir à rédiger.
Il y avait une contrainte, cela me revient à l’instant même où j’écris… comme quoi ! Il y avait aussi les jambes de la prof, je peux le dire, il y a prescription.

Après cela, classique, une souterraine maturation, quelques tentatives avec les copains de collège. Du parlé, ébauché mais pas fini et jamais abouti.Rien non plus en lycée, la passion des mots et des textes à lire toujours, et ça emmagasine encore. 
Un pas en avant, genre escalade avec les années de formation professionnelle, avec du temps « à tuer », avec le mobile et l’opportunité, où j’ai commis -seul ou avec deux complices en particulier- quelques forfaits textuels où le pastiche moqueur est allé bon train adossé à un humour noir parfois mal perçu, Monsieur le président. Un saccage assumé, un dynamitage systématique que je ne reproduirai pas ou peu aujourd’hui, c’était un stade dans mon évolution darwipienne disons.

De ces années, style potache, il reste le goût du loufoque, du dadaïsto-surréaliste qui émerge çà et là. Ce fut sa première concrétisation visible et lisible.

J’étais lancé et la suite continua.
En solo et dans des contextes différents avec une prédilection pour l’exploration des formes, des types, en soi pré-oulipienne et pré-péréquienne car il n’y avait pas de contrainte réellement.
Ce fut une première phase où je me suis amusé à divers exercices de style, une idée qui fructifia sous la forme paléolithique d’un petit magazine avec rubriques qui paraissait sans fréquence fixe et que j’envoyais à mes potes, tapé à la machine (!).
Succès éditorial, il y eut quatre numéros dont le dernier fut une compilation, j’étais déjà dans la fumisterie et la mise en abyme !
Je passai à autre chose, le gré des rencontres, avec un projet collectif où je pus apporter aussi -en duo- une touche personnelle.
Dans mon club de tennis de table, l’idée d’un bulletin et même d’un journal émergea et j’en fus « tout naturellement » le responsable -je n’ose dire rédacteur en chef – avec une formule qui tâtonna, passant en chemin du papier à l’informatique. Ce registre collectif où je rédigeais et rassemblais aussi les contributions m’a beaucoup appris.
Arrêt au bout de 5/6 ans, 5 saisons pleines, 68 numéros. Un truc de fou(s). Une aventure humaine.
Mais surtout, au long cours et à distance, avec un pote que je connais depuis plus de 40 ans (oui…), une saga : l’histoire de France à la sauce tennis de table, par épisodes, format BD dessins du copain et texte par votre serviteur.
(Au fait, chef, on l’a presque finie, c’est promis :la semaine prochaine on livre !
Je peux préciser que de loin en loin nous avons au fil de ce presque demi-siècle échangé et bien rigolé en commettant d’autres exactions textuelles imagées, dont certaines encore au printemps dernier !) 

Nouveau changement (…) et je revins à mon petit magazine, seul et parfois avec quelques dessins du pote quand il pouvait.
Je gardai la cadence et le fis paraître, toujours en l’adressant à mes potes, que j’appelais affectueusement mes abonnés ou mon lecteur (mais je n’ai pas frère…).
Ce petit magazine sérieusement inconséquent dura encore 5/6 ans, le rythme échevelé ralentit progressivement sur la fin. Le sentiment d’avoir épuisé au moins une formule…si ce n'est moi-même au passage.
Après ? vous vous rapprochez chers amis lecteurs en ligne, amateurs de blogs !
Un atelier d’écriture pendant deux ans, fort apprécié me permit de confirmer outre le goût de l’écriture plusieurs choses.
Que je n’étais pas spécialement à mon affaire sur du long cours textuel, mais plutôt du bref, et bien sûr du contraint, de l’oulipien.Que je déteste quand on se regarde écrire.
Et que finalement j’étais plutôt endurant et régulier, ce qui ne m’avait jamais effleuré jusque-là.
Dans ces années, je fréquentai en ligne (ça se rapproche) un site appelé SABIRS qui ferma assez vite et je me mis en pause.Circa 2005 j’étais mûr pour le monde cruel des blogs. Je ne me souviens absolument pas comment je suis tombé dedans.
Un premier blog avec mille billets – c’est devenu un gimmick – de décembre 2005 à décembre 2010. Un deuxième dura moins de 6 mois car il fut victime, je n’ai toujours pas compris comment et pourquoi, d’un crash. Disparition totale.
Ensuite, « Interférences » -connu de vos services je pense - de septembre 2011 à avril 2017, arrêt à mille là aussi, par pur clin d’œil.
Depuis, « Diffractions » a pris le relais, j’y poursuis mon cheminement, tenter et oser des choses, en réussir et en rater, toujours avec régularité.
Voilà donc comment, sans dieu ni diable, j’en suis arrivé là.
C’est arrivé et c’est là.
Là ? Un côté très ordinaire, régulier, j’écris comme je bricole, je cours ou fais du vélo ou -si je pratiquais- j’irais à la pêche. Rien qu’une pratique personnelle à ma main, qui n’a rien d’occasionnelle ou d’exceptionnelle à tous les sens du terme. 



 

8 commentaires:

  1. De même, à l'époque dite de "Lascaux", je pouvais lire au fond de mon verre "Duralex made in France". Je ne savais pas ce que voulait dire made in, mais le souvenir est resté gravé au fond des verres de la cuisine familiale. Comment les mots viennent à la bouche ? Un exposé sincère où je retrouve plutôt prou que peu des souvenirs potaches: une rédac que le prof lit à haute voix à ma grande confusion, les feuilles de choux lycéennes reproduites au stencil, les journaux intimes de jeune fille. Mais il faut être prudent avec les mots, dès lors que l'on ne cache pas son penchant, on se retrouve vite désigné pour écrire tout et n'importe quoi: des lettres de motivation pour les copines, les recettes de cuisine de tante Yvonne, etc.
    Passer de la passion dévorante à une pratique ludique légère mais soutenue, susciter le désir chez les autres, j'aime votre K-Attitude !

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  2. Merci de ce partage; pas de journal intime de jeune fille me concernant, je le concède ! Et merci ausside m'amener à compléter ma réflexion avec cette notation très juste pour la "prudence" avec les mots,le penchant...
    Alors c'est bien une passion, oui.
    Il y a de ma part - pour cette question de se "faire repérer"- comme une retenue ou un certain anonymat (réel mais relatif sur la toile, avec la distance), un jardin privé dans le sens où je ne dis rien ou proclame encore moins sur mes coupables activités. Disons pour résumer que je n'en parle pas spontanément, je ne ressens pas le besoin de le faire.
    Le résultat donne une typologie variée dans l'entourage : certain(e)s - les très très proches - savent et lisent ou pas selon leur envie. Et l'on en parle sporadiquement sans obligation.
    D'autres ne savent pas du tout, et enfin il reste ceux qui savaient à une époque et ne savent pas forcément si ça continue ou pas !

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    1. Idem pour ma passion de la photographie qui a succédé à celle de l'écriture. L'anonymot-euh, j'ai voulu dire l'anonymat (labsus typo-lingue?). Bref l'anonymat me va bien, pour plein de raisons: il ne m'oblige à rien, jamais, et m'a offert virtuellement de vraies singulières rencontres :-) Dans la vie réelle (mais où en sommes-nous avec ça?), on nous a appris de belles choses, mais aussi des moins bonnes: la pire étant peut-être celle de tenir une posture. Point de posture ici ou là, juste une liberté saisie ou à saisir !

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    2. Je te rejoins pleinement sur l'obligation tout particulièrement et partiellement sur la posture.
      Finement observé et joué !

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    3. Clin d'oeil oulipien : l'anonymot est-il un sardinosaure ;-) ? La réponse est chez Jacques Roubaud dans l'Anthologie de l'Oulipo ou dans "Les animaux de personne" chez Seghers Jeunesse.
      En tout cas, voilà un échange roboratif sur ce qui nous meut !
      Merci à tous deux pour cette réflexion prolongée, et bravo à Mr K pour une mise en page dynamique, ce qui va m'amener à réviser/enrichir les miennes pour les prochains Duos de ces Pyramides...

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    4. Quelques échanges annexes bienvenus en effet.
      Nous voilà lancés.

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  3. "C'est arrivé et c'est là", et nous on te lit, te devine un peu, sourit souvent, rit parfois.Bref, ces envolées de mots attachent, tu le vois!

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