lundi 18 septembre 2017

De quelques agacements et autres choses passagères...


Ce samedi matin, quelques obligations m’ont conduit à la poste.
La veille, j’avais relevé au courrier un avis de passage, un peu chiffonné, où je découvris ou plutôt ne découvris pas de nom puisque la case du formulaire était vide, l’adresse était toutefois correcte et il y avait un numéro de colis. 
Bon bon bon.   
A priori comme personne à la maison n’attendait rien de particulier, je fis une recherche en ligne qui…  n’aboutit pas, le numéro de colis étant inconnu, ce qui m’amena à cette décision et cette perspective qui, allez savoir pourquoi, ne m’enchantent jamais vraiment : demain je passerai à la poste. 

Demain nous y voilà. N’exagérons point, j’y vais en marche avant quand même !

Je passe le seuil du bureau de poste et rebrousse chemin : le lieu est très populaire et donc fréquenté, je me rappelle qu'il semble que l’accès en soit gratuit, c’est peut-être pour ça ... et je tente illico une fine manœuvre dilatoire qui me permet de faire une petite course vite fait à la supérette juste à côté avec l’espoir, le fol espoir - oui c’est vrai (air coupable) – que ça aura un peu déblayé à la poste.
Lorsque j’entre à nouveau, je comprends que j’ai sans doute fait ma petite course trop vite.
Mais cette fois-ci je reste.
Comme j’ai un peu de temps pour observer, je remarque qu’il y a trois personnes aux guichets et je commence à verser dans un optimisme sinon béat du moins raisonnable.
Paradoxalement je constate que mécaniquement, plus il y a de monde derrière les guichets plus la queue s’allonge… Surgit alors, pure hypothèse de ma part, que c’est peut-être une simple question d’organisation, mais je ne veux pas être intrusif.  
Je passe ainsi dix minutes studieuses pendant lesquelles je vérifie que pour la suite de mon périple (boulangerie puis médiathèque) j’ai bien tout ce qu’il me faut. Je le fais deux fois et une fois que j’en suis absolument persuadé, comme il me reste un peu de temps je lis toutes les publicités sur les différents colis et emballages proposés.  
Quand j''arrive au guichet, nous sommes toujours samedi matin.  

Bonjour madame, j’ai un avis de passage mais est-il vraiment pour moi, je ne sais pas, il n’y a pas de nom. Mais c’est bien mon adresse et, tenez, voici mon passeport.

La dame disparaît (ah l’étrange sensation qui peut nous étreindre quand on se dit pourvu qu’elle  revienne…) et elle cherche le colis dans la réserve, je ne sais trop quel indice ou quelle clé elle utilise pour mener cette tâche, toujours est-il qu’elle revient et déclare n’avoir rien trouvé.
Elle me dit qu’elle va passer par le numéro de colis, une petite recherche informatique et hop, miracle, délit d’initié ou compétence professionnelle – alors que la veille rien à faire pour moi-  elle trouve ! 
Et comme tout s’enchaîne, pour la première fois depuis que j’ai mis les pieds dans le bureau de poste, je me dis que j’ai bien fait de venir.
Elle retourne dans la réserve et revient peu après avec le colis dont elle commence à autopsier l’étiquette. C’est au nom de ma fille. L’enquête progresse. 

-        Vous avez une procuration ?
C’est à ce moment-là que je commence à sortir rames et avirons, délicatement, pour ne pas éborgner la foule qui s’entasse dans la queue.
-          Non, pas sous forme papier.  Mais il y a quelque temps nous avions renseigné des formulaires en ligne, peut-être que…
-          Oui, on va regarder ça mais on va attendre ma collègue pasqueu je sais pas le faire.

Plein de trucs s’allongèrent à ce moment-là de cinq minutes, je vous en épargne la liste.
Cinq minutes plus tard, donc, la collègue est disponible, elle en a terminé avec un moment délicat car elle ne comprenait pas que l’usager qui s’adressait à elle, en fait selon la terminologie DRH le client et selon la mienne mon camarade de lutte, voulait réexpédier du courrier et donc il souhaitait une simple enveloppe format A4 pour exécuter cette tâche singulière particulièrement inconnue semble-t-il des services chargés du courrier dans ce pays.

En toute solidarité, je lui glisse en passant, vu que j’ai un peu de temps :
-        -  C’est pas facile hein ?
Allez savoir pourquoi, il acquiesce.  
Il finit par venir à bout de son épreuve, s’acquitte de quatre euros avant de continuer, sûrement pour l’épreuve suivante dans la salle du père Fouras.

Et hop l’horizon semble s’éclaircir pour moi, la collègue de sa collègue a vérifié, il y a bien une procuration mais c’est de ma fille uniquement vers ma femme et donc ce n’est pas votre nom monsieur.
J’essaie de lui expliquer que si, c’est mon nom, parce qu’étrangement on s’appelle tous pareil dans ma famille et que finalement tout concorde : les noms, les adresses, je lui fais cadeau de l’ADN car ça prendrait du temps, etc… et DONC elle pourrait me le donner.
Bref, c’est là qu’elle me dit il faudra revenir avec la procuration signée.
C’est là que je me sens soudain comme un chêne qu’on abat.
Et elle donne une précision, un détail piquant au passage : on garde les colis quinze jours ce à quoi -in petto- je me dis ça ne m’étonne pas, vu qu’en trente minutes j’ai pas réussi à récupérer le mien il doit bien falloir deux semaines pour tout écouler et que tout disparaisse …

C’est là que je me dis n’insistons pas, je sens que je fatigue, qu’elle me fatigue, que tout me fatigue.
Il faut dire que derrière et sur les files parallèles, la foule continue de s’entasser ça déborde jusqu’au sas d’entrée…  Je décide donc de battre en retraite, et de mettre fin à cette demi-heure de ma vie qui à la réflexion pourrait bien faire partie des trois moments les plus épanouissants et exaltants de mon passage sur cette terre.

Je préviens ma fille, elle se mettra à jour OK et elle a remarqué un peu d’agacement (même par écrit) dans mon SMS surtout dans la conclusion où j’écris « je sens que je vais leur mettre une bombe ».
Passons. Quelle chance ils ont qu’on ne soit pas armés quand même.

Je file ensuite à la boulangerie, où je retrouve -ravi- la charmante personne qui nous sert et puis basta direction médiathèque.
Je vaque. Je flâne légèrement. 

Je m’installe dans la file pour faire enregistrer mes emprunts.
La queue étant un peu informe un monsieur me demande s’il n’est pas en train de me passer devant (ce qui n‘est pas le cas) et donc de rallonger indûment mon attente.

C’est là qu’en grand seigneur je lui dis :
-     -    Pas du tout, et ne vous en faites pas, j’ai l’habitude aujourd’hui, je viens de la poste.

8 commentaires:

  1. Savoureux, votre texte. Votre histoire m'en rappelle une autre qui m'est arrivée et, comme vous le dites, parfois on voudrait tout faire sauter ;)

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    1. Et on sait bien que ce n'est pas raisonnable !

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  2. Compassion d'une qui a fait trois essais la semaine passée pour envoyer un colis tout simple, et qui par deux fois a renoncé, puis s'est acharnée la troisième. Essai transformé et je t'arrache le record : 35 minutes, qui dit mieux. La recette pour tout faire sauter avec des produits de première nécessité figure dans le savoureux "Gros Câlin", de Romain Gary.

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  3. Pas de longueur dans ce récit de l'attente. On prend son temps aussi parce qu'on entrevoit à peu près l'issue ... de l'impasse !

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  4. Si la salle de la poste déborde, rien dans ton récit ne le fait. Parfait! Surtout son rythme...
    Cette scène semble se répéter à l'envi, ET partout.
    ¿Qué pasa?

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    1. Merci pour le rythme à la leccture que je ne peux guère apprécier ou soupeser véritablement en étant du côté écriture...

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