V comme Vian


Si les rues étaient moins muettes
on entendrait à l’œil nu
le sicoblin prélier 
ou encore  
le mélocarbe qui draguelle
le brétougnard qui prambe
la dubilette qui bibile
le proulan qui batorve

Si les rues étaient moins muettes
on pourrait 
saisir sans écouter
la rabigrure en train de garoubler  
le marflon qui amorge
le gropertin des prés qui chuise  
la houttinette qui tantanne
et la cabroline qui poutraille

Sur les trottoirs, les squares, les bancs
On aurait certains sons 
comme puces à l’oreille
Le péludin qui péludine  
Les estupelles qui s’enferrachent
Les jorcasses qui démoncèlent  
Les spétarnides qui porondannent  
Les nestèques qui prétulisent  

Si les rues étaient moins muettes
Les pires sourds ne s’aveugleraient pas 
en entendant 
La fuleride cendrée qui zille
La mirmelide qui s’ébolute
La trugonne  qui rimacolite
La brapenthèse qui overgule
Le gonbrin qui bragrabrine

Hélas les rues sont très muettes
Elles se taisent désertées
Comme si la stupeur l’avait emporté ?
Au lieu que ça caquette, ou que ça pète
Ça chuinte à haute tension, l’étouffé grésille     
Claquemurés les bruits, les sons  
Paroles, musiques aux échos enfermés
Bientôt 
Ne plus l’entendre de cette oreille
Rechausser le grand bourdonnement
Mais quand ?





Atelier proposé ici d'après Boris Vian "Si les poètes étaient moins bêtes". 

Commentaires

  1. :-)) Si les rues étaient moins muettes, je n'entendrais pas la mozate que je joue ma voisine. Bises alpines de moi et Bluette bien sûr!

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  2. .si les rues étaient moins muettes on entendrait goutagoutter les heures.
    Et il faudrait prendre son paratemps. (petite forme intellectuelle ce matin😊)

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  3. Ah mais quel délice! Que j'aime ce chahutage de mots! Quelle vie, et comme ça fait du bien ces temps-ci! Merci! Merci infiniment, pour le plaisir...

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    1. Merci Baladine. Le plaisir des mots, comme tu dis !

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  4. Festival pour l'imagination, un vrai fort plaisir.
    Merci beaucoup señor K

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    1. Oui, imaginons ce qui pourrait se cacher (ô, à peine) derrière ces vocables et leurs supposées émissions sonores ;-)

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  5. Si les rues étaient moins mouettes
    On gamaterait une scie menthe
    On partocherait une guitarouflette aimante
    On embastillerait large comme la digue
    Amante magnétique et aimant à l’eau
    Allo ! Le temps passe vite en larghetto
    En andante en dedans,
    En allégro maigrichon, cornichon et cornouiller.

    Cela devait être dit.

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  6. Et fort bien dit, merci cher Obni !

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